Vaisselle en algues imprimée en 3D : où en est le projet ?

Neuf ans après sa présentation, où en est la vaisselle en algues imprimée en 3D ? Fabrication, usages, limites, sécurité alimentaire et bilan 2026.
Vaisselle en algues imprimée en 3D dans le cadre du projet Algae Lab

Mis à jour le 11 août 2026. En 2017, Eric Klarenbeek et Maartje Dros présentaient une série d’objets imprimés en 3D à partir d’algues. Le projet avait quelque chose de franchement séduisant : remplacer une partie du plastique fossile par une matière cultivée localement. Neuf ans plus tard, l’idée n’a pas disparu. Elle est devenue un véritable programme de recherche, mais pas encore le service de vaisselle que l’on achète au coin de la rue.

Mon avis en bref : Algae Lab est une piste de design circulaire sérieuse, pas une solution miracle. Les objets montrent que les algues peuvent entrer dans la composition d’un matériau imprimable en 3D. En revanche, « biosourcé », « biodégradable », « compostable » et « apte au contact alimentaire » ne veulent pas dire la même chose. Ce sont précisément ces nuances qui permettent de juger le projet sans céder au greenwashing.

Vaisselle en algues imprimée en 3D dans le cadre du projet Algae Lab
Le matériau associe des algues à un biopolymère avant son impression en 3D.

Que sont devenus les objets en algues d’Eric Klarenbeek et Maartje Dros ?

Les deux designers néerlandais travaillent ensemble depuis 2014. Leur recherche sur les algues a pris forme au sein d’Atelier LUMA, à Arles, où ils ont contribué à créer Algae Lab. Le projet ne se limite pas à fabriquer une assiette photogénique. Il étudie toute une chaîne locale : culture ou collecte des algues, transformation de la biomasse, formulation d’un matériau, puis fabrication d’objets.

En 2018, Algae Lab a remporté le New Material Award. En 2019, le studio a réalisé des carafes, verres et tasses aujourd’hui référencés dans la collection du Museum of Modern Art de New York. Le programme se poursuit désormais à travers l’Algae Platform d’Atelier LUMA et d’autres recherches, dont Seaweed Cycle aux Pays-Bas.

Autrement dit, le concept de 2017 a survécu. Il a gagné en méthode et en crédibilité culturelle. Il n’est toutefois pas devenu une gamme de vaisselle industrielle disponible dans les magasins français.

Comment fabrique-t-on un objet imprimable à partir d’algues ?

La formule exacte varie selon l’algue, l’objet recherché et le procédé. Le principe général suit plusieurs étapes :

  1. Produire ou récolter la biomasse. Atelier LUMA travaille avec des microalgues cultivées en photobioréacteurs et avec des macroalgues issues de ressources locales.
  2. Stabiliser la matière. L’eau doit être retirée et la biomasse transformée afin de pouvoir être conservée et incorporée à une formulation.
  3. Créer un matériau façonnable. Les composants tirés des algues sont mélangés à un biopolymère ou utilisés comme liant, fibre ou pigment.
  4. Former l’objet. Selon la recette, le matériau peut être extrudé par une imprimante 3D ou employé avec d’autres procédés, comme le moulage par injection.
  5. Sécher et finir la pièce. La géométrie, l’épaisseur et la finition influencent sa résistance et son usage réel.

Dire que ces objets sont « faits d’algues » est donc pratique, mais incomplet. Il ne s’agit pas nécessairement d’algues pures placées dans une imprimante. Le matériau combine généralement la biomasse avec un liant ou un biopolymère. Cette précision est importante pour comprendre sa solidité, sa fin de vie et son impact environnemental.

Objets en algues imprimés en 3D par Studio Klarenbeek et Dros
Des objets expérimentaux issus du projet Algae Lab de Studio Klarenbeek & Dros.

Est-ce vraiment de la vaisselle utilisable au quotidien ?

Les photos montrent des carafes, des gobelets, des bols et d’autres contenants. Cela ne suffit pas à certifier qu’ils peuvent accueillir une boisson chaude, passer au lave-vaisselle ou rester durablement en contact avec des aliments. Une matière destinée à cet usage doit respecter des règles précises sur la migration de ses composants et être testée dans les conditions prévues.

Je n’ai pas testé ces objets et je n’ai trouvé aucune fiche commerciale garantissant, pour les pièces présentées ici, un usage alimentaire, un passage au micro-ondes ou au lave-vaisselle. Je les considère donc comme des prototypes de recherche et des objets de design. Leur forme évoque la vaisselle, mais leur fonction doit être vérifiée modèle par modèle.

C’est une différence essentielle avec un produit vendu au grand public. Une carafe exposée au MoMA démontre une possibilité esthétique et technique. Elle ne constitue pas automatiquement un service de table certifié.

Biosourcé, biodégradable ou compostable : trois notions différentes

Un matériau biosourcé contient une matière issue de la biomasse plutôt que seulement du pétrole. Il peut néanmoins comporter d’autres composants et ne se dégrade pas forcément dans la nature.

Un matériau biodégradable peut être décomposé par des micro-organismes dans certaines conditions. Le délai, la température, l’humidité et le milieu comptent énormément. Le mot seul ne garantit donc pas une disparition rapide sur un bord de route ou dans l’océan.

Enfin, un matériau compostable doit répondre à des conditions définies. Certains produits ne se décomposent correctement que dans une installation industrielle. La Commission européenne rappelle justement qu’un plastique biosourcé n’est pas automatiquement biodégradable ou compostable.

Sans connaître la formulation complète et les essais du produit final, je ne présenterais donc pas cette vaisselle comme « naturellement compostable ». Ce serait aller plus vite que la science, et beaucoup plus vite que le bac à compost.

Objets en bioplastique à base d’algues fabriqués par impression 3D
Les formes obtenues montrent le potentiel du matériau, mais ne prouvent pas à elles seules un usage alimentaire certifié.

Quels sont les avantages environnementaux possibles ?

Les algues présentent plusieurs qualités intéressantes. Elles poussent rapidement, n’occupent pas forcément de terres agricoles et peuvent fournir des pigments, des fibres ou des composants utiles. Exploitées à proximité du lieu de transformation, elles peuvent aussi alimenter une production plus locale et réduire la dépendance à certaines matières fossiles.

L’impression 3D ajoute un autre avantage potentiel : elle fabrique une pièce à la demande et limite certaines chutes de matière. Cette logique se retrouve dans d’autres projets, comme la Nike Air Max 1000 imprimée en 3D, même si les matériaux, les volumes et les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes.

Algae Lab défend aussi une idée que je trouve particulièrement intéressante : transformer des ressources locales dans de petits ateliers plutôt que transporter systématiquement des produits finis sur de longues distances. Le designer imaginait en 2017 des lieux de fabrication aussi accessibles que des boulangeries. L’image reste ambitieuse, mais elle décrit bien l’objectif.

Quelles sont les limites du plastique à base d’algues ?

La culture des algues n’efface pas les impacts du reste du processus. Il faut de l’énergie pour contrôler certaines cultures, retirer l’eau, extraire les composants, préparer le mélange et imprimer ou mouler les pièces. Le rendement, la contamination des cultures, la stabilité de la matière et son coût restent également des sujets majeurs.

Une revue scientifique publiée en 2024 sur les bioplastiques à base d’algues souligne ces difficultés de passage à l’échelle. Le bilan dépend donc du cycle de vie complet, pas seulement du fait qu’une algue absorbe du CO2 pendant sa croissance.

Il faut aussi organiser la fin de vie. Un matériau magnifique mais impossible à identifier, recycler ou composter dans les filières existantes risque de finir avec les déchets ordinaires. La vraie réussite ne se mesure pas uniquement à la sortie de l’imprimante.

Où en est Algae Lab en 2026 ?

Atelier LUMA continue d’étudier les algues, le mycélium et d’autres ressources locales dans son Biolab. Sa plateforme consacrée aux algues explore les espèces, les pigments et les biopolymères. Ces recherches ont dépassé la simple démonstration : des matériaux biosourcés et des colorants à base d’algues sont notamment employés dans certains éléments du bâtiment d’Atelier LUMA.

Le projet a donc évolué de l’objet manifeste vers une recherche matérielle plus large. C’est moins spectaculaire qu’une promesse de « remplacer tout le plastique », mais beaucoup plus concret. Cette progression rappelle aussi le travail de Yuya Sakai sur les matériaux fabriqués à partir de déchets alimentaires : le déchet ou la biomasse ne devient utile qu’après un important travail de formulation.

Peut-on acheter cette vaisselle en algues ?

Je n’ai trouvé ni boutique officielle ni tarif public pour commander les pièces montrées dans cet article. Certaines œuvres appartiennent à des collections ou ont été présentées dans des expositions. Le projet reste principalement expérimental et institutionnel.

Si une marque commercialise demain un objet comparable, vérifiez quatre points avant de l’utiliser : la composition exacte, la certification pour le contact alimentaire, les consignes d’entretien et la filière de fin de vie. Le mot « algue » sur l’étiquette ne répond à aucune de ces questions.

Carafe expérimentale imprimée en 3D avec un matériau à base d’algues
Une pièce expérimentale du projet consacré aux matériaux locaux à base d’algues.

Mon verdict

La vaisselle en algues de Klarenbeek et Dros n’a pas remplacé nos assiettes en neuf ans. Elle a toutefois rempli une fonction utile : prouver qu’une ressource locale peut devenir un matériau de design crédible, exposé et étudié sur la durée.

Le projet mérite donc mieux que l’étiquette de gadget écologique. Il mérite aussi mieux que des promesses impossibles à vérifier. Son intérêt se trouve dans la recherche, la production locale et la réduction possible des matières fossiles. Ses limites concernent le coût, l’énergie, les performances, les certifications et la fin de vie. C’est précisément parce que ces questions restent ouvertes que le sujet vaut la peine d’être suivi.

Pour une autre utilisation très différente de la fabrication additive, voyez aussi comment PEZ transforme une photo en distributeur personnalisé.

Questions fréquentes

La vaisselle en algues est-elle composée uniquement d’algues ?

Non, pas nécessairement. Les formulations présentées dans le cadre d’Algae Lab associent des composants issus d’algues à un biopolymère ou à d’autres liants afin d’obtenir une matière façonnable.

Peut-on manger et boire dans ces objets ?

Les pièces ont la forme de vaisselle, mais je n’ai trouvé aucune certification publique permettant de garantir tous les usages alimentaires pour les objets illustrés. Il faut vérifier la fiche technique de chaque produit.

Le plastique d’algues est-il biodégradable ?

Pas automatiquement. Cela dépend de sa composition et des conditions de traitement. Biosourcé ne signifie ni biodégradable ni compostable.

Où acheter la vaisselle Algae Lab ?

Je n’ai pas trouvé de vente directe destinée au grand public en 2026. Les objets présentés relèvent surtout de la recherche, du design et de l’exposition.

Pourquoi utiliser l’impression 3D ?

Elle permet de produire des formes complexes à la demande, d’expérimenter rapidement et de rapprocher la fabrication du lieu où la matière est préparée. Son intérêt environnemental dépend néanmoins de la machine, de l’énergie et du matériau employés.

Sources consultées

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